« Tchao la France » de Corinne Maier vu (et analysé) par Le Monde

De la haine de soi

 « La France, on l’aime ou on la quitte. » C’est le slogan du Front national, repris par Philippe de Villiers puis par Nicolas Sarkozy pendant la campagne pour l’élection présidentielle de 2007, qui donne le coup d’envoi au livre de Corinne Maier, Tchao la France. On est ainsi prévenu : l’auteur, chargée d’études économiques à EDF, licenciée de l’entreprise publique en 2006 après la publication de Bonjour paresse (Michalon, 2004), un ouvrage satirique sur le monde du travail, ne fera pas dans la dentelle.

Son premier essai avait été un coup de maître. Bonjour paresse, réimprimé quatre fois, s’était vendu, l’espace d’un été, à 30 000 exemplaires. Un « phénomène de librairie », comme ont dit dans ces cas-là, que la procédure disciplinaire intentée par EDF contre l’auteur avait sans doute opportunément servi.

En plein débat sur le maintien de la réforme des 35 heures, la presse nationale avait donné un large écho au petit livre iconoclaste. La presse internationale s’était même, à son tour, passionnée pour cette critique radicale – et tellement française ! – du monde du travail et de l’entreprise.

Corinne Maier a tenté de renouveler ce petit miracle. Son pamphlet aux têtes de chapitres un peu racoleuses mais plaisamment troussées – « Des intellos mous du bulbe », « Sarkozy, un président tout petit », parfois allégrement démagogiques sur ce « pays de cumulards », « où la concentration du pouvoir entre les mains d’une petite élite n’a d’équivalent nulle part dans le monde » – voire… -, est résolument anti-hexagonal. L’Etat, les patrons, l’école républicaine, jusqu’à « la tyrannie de la bouffe », « des petits vins de pays, de la tartiflette et du cassoulet fait maison », rien ne trouve grâce à ses yeux dans ce passage en revue ronchon d’une France qui ronronne, repue, à peine inquiète, tellement sûre d’elle-même et de l’excellence de son bordeaux, de ses élites et de la beauté de ses paysages.

La « France de l’an 2000 », cette « République bananière », protégée par « un Etat préservatif », donne de l’urticaire à Corinne Maier. Elle l’a d’ailleurs quittée, en 2006, pour s’installer à Bruxelles, sur laquelle elle ne tarit pas d’éloge. Un petit paradis, Bruxelles. Outre-Quiévrain, nulle bureaucratie, « pas d’arrogance, pas de morale », assure la fraîche exilée, « les seules personnes désagréables sont certains apparatchiks culs serrés de l’ambassade ».

En France, en revanche, tout est petit, en France, tout est républicain, en France, tout est lourd, assène l’auteur, pas très légère.

Macho, arrogant, trouillard, raciste, paresseux bien sûr, veillant jalousement sur ses « petits week-ends », chauvin dressé par l’école et son catéchisme républicain, humilié par ses chefs, abruti par sa télévision médiocre, le Français version Corinne Maier est un être minuscule, craintif, assommé par des règlements tatillons, obsédé par le salariat auquel il voue un vrai culte, toujours à l’affût d’un passe-droit, d’un coupe-file, d’un piston, et qui mène « une vie de chien ».

« Assez de clichés ! », clame Corinne Maier en ouverture de son livre. On a irrésistiblement envie de lui répondre : « Chiche » ! »

Christine GarinLe Monde – 18/10/10

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